L’HUMANITE POURRA-T-ELLE SURVIVRE A UNE HAUSSE DES TEMPERATURES DE 10 ,5°C EN 2300 ?

Thierry Brugvin[1]

L’été 2017 à encore battu des records de chaleur et les climatologues sont encore plus pessimistes pour l’avenir. Mais, les médias ne communiquent quasiment jamais leurs prévisions au-delà de 2100. Or, les courbes de température continuent de s’élever inexorablement au moins jusqu’en 2300. Or, si cette échéance peut paraître lointaine à l’échelle d’une vie humaine, c’est à peine une seconde dans l’histoire de l’humanité…

 

Les scénarios des hausses de températures selon le GIEC de 1850  à 2300

La figure ci-dessous représente l’évolution de la température moyenne de la planète sur la période 1850-2300, telle qu’elle est simulée par les deux modèles climatiques français l’IPSL et le CNRM-CERFACS. Le scénario RCP2.6 est le plus optimiste, dans ce cas, « le réchauffement se stabilise dès 2100 à une valeur voisine de 2°C par rapport à la période pré-industrielle ». « Il ne peut être atteint que par l’application de politiques climatiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre ». Par contre, c’est à dire s l’humanité continuer sur sa lancée sans rien changer, alors le scénario RCP8.5 est beaucoup plus pessimiste. Il prévoit qu’en 2100 la température moyenne s’accroîtrait de 4 à 5,8°C, puis en 2200, elle montrait de 8 à 10°C et en 2300 elle pourrait atteindre 10 à 12,3°C supplémentaire par rapport à la période pré-industrielle !

 

 

 

 

Peut-on survivre sur la terre avec une hausse de 10,5°C en 2300, soit une température moyenne de 25,5°C ? En 2016, la température moyenne sur la terre était de 15°C et en France, elle était de 15,6°C en 2014. Dans le scénario RCP8.5, le réchauffement climatique atteindrait plus 4°C en 2100 par rapport à l’année 1850, soit plus 2,3°C (4°C-1,8°C) en 2100, par rapport à 2015, année pour laquelle la température moyenne avait déjà monté d’1,8°C. Mais les données de ce scénario RCP8.5, bien qu’il soit déjà très alarmant, datent de 2012. Or, en 2015, d’autres chercheurs on fait des prévisions plus élevées encore, plus 4° voire, plus 6°C en 2100.

Par conséquent, en 2100, la température moyenne pourrait donc s’élever en France à près de 17,7°C (15°C+2,3°C). Donc elle se rapprocherait de celle de l’Afrique en 2008, dont la température moyenne était supérieure à 21°C neuf mois sur douze.  Si on en croit le scénario RCP8.5, qui est le plus pessimiste, alors en 2300, la température moyenne pourrait s’élever à 25,5°C dans le monde, compte tenu qu’il est prévu 12,3°C de hausse par rapport à l’année 1850.

Explorons à présent, les températures du globe terrestre, afin de savoir si l’humanité pourrait survivre à des températures si élevées. Les Bédouins qui traversent le désert depuis des siècles parviennent à survivre au milieu du Sahara. Mais quelles sont les températures qu’ils réussissent à endurer ? En 1965, l’équateur thermique situé dans le désert du Sahara, avait une température moyenne annuelle d’environ ou moins 30ºC, mais la moyenne des maximas du mois le plus chaud dépasse 38 ºC plus élevées dans la presque totalité du désert avec un maximum (mondial) de 47,5 – 48 ºC en juillet. En 2015, en été, dans le Sahara, la température moyenne était de 40°C. Elle s’est donc accru de 10 degrés supplémentaires ! Cependant, elle tombait à 20°C en hiver, mais en été, il y a des pics supérieurs à 82°C ! avec des précipitations moyennes de 25 mm/an. Les Bédouins parviennent donc à survivre dans leurs traversées du désert à de telles températures, car ils savent comment se protéger dans les périodes les plus extrêmes.

 

Dans un désert à 25°C de moyenne, l’agriculture est possible dans une oasis. Ce dernier désigne une zone de végétation isolée dans un désert, avec de l’eau provenant d’une nappe phréatique ou d’une source d’eau. Les plantes cultivées dans cet environnement extrême poussent de manière superposée entre elles. En hauteur, se situent généralement des palmiers dattiers, tandis que des arbres fruitiers sont plantés dans leur ombre en dessous et au sol on trouve des plantes de maraîchères ou quelques céréales. En 1865, dans le village de Siouha la température moyenne est de 25°C. Ce village se situait dans l’oasis de Jupiter Amnon, dans le Sahara. Il y avait donc de l’eau, des palmiers et des dattiers. Cependant, ce n’est qu’à Chamissa dans une autre oasis, que poussaient des orangers, des abricotiers, des pêchers et de la vigne. Plus, loin, dans l’oasis d’Aoudjila, il y avait aussi des céréales, mais la production était loin d’être suffisante pour nourrir les habitants, car il manquait d’eau et il faisait très chaud. Ainsi, on constate que si la température atteignait 25,5°C en moyenne en 2100, il serait donc au moins possible de survivre dans les oasis… Mais dans des conditions plutôt difficiles et pour combien d’individus sur la terre ?

 

La ville de Biskra à une température moyenne annuelle s’élève à 21,8°C, mais parvient à une forte production agricole. Tandis que les températures moyennes s’élèvent à 35°C en été et 11°C en hiver. Biskra est située en Algérie aux portes du désert du Sahara. Sur l’année, la précipitation moyenne se situe seulement à 141 mm, c’est donc une région aride. Malgré la faible pluviométrie et cette chaleur violente, elle était presque le « premier producteur national de produits agricoles » d’Algérie, avec ses 128 000 habitants en 2008. Biskra « contribue pour 6,74% sur le plan national », autour de « trois produits-clés : la datte Deglet Nour de Tolga, le mouton de Ouled Djellal et les produits maraîchers (…), petits pois, carottes, fèves, courgettes, tomates, concombre, aubergines, ail, oignons, laitue ». Cependant, sans sa nappe phréatique très importe, elle ne serait pas en mesure d’assurer une forte irrigation. Car, l’agriculture est principalement produite sous de grandes serres, ce qui favorise la conservation de l’humidité[2].

Mais il existe des régions qui parviennent à produire de gros volumes agricoles dans des climats encore plus désertiques. Traditionnellement, les villages d’Adrar, de Reggane et d’In Salah étaient occupés par des populations nomades, mais à présent une partie de la population s’est lancée dans l’agriculture. « Après l’expérience réussie de la wilaya d’Adrar d’où partaient des concombres, des tomates, des produits maraîchers, des fruits divers vers l’Espagne et les marchés européens, presque toutes les wilayas du sud se sont mis à… l’agriculture » et elles produisent de grosses quantités, malgré des températures très élevées rapporte le journal Le Financier[3]. En effet, sur la période 2000-2016, dans le Sahara algérien, nommé le « triangle de feu », délimitée par Adrar, Reggane et In Salah les températures moyennes de 38°C, avec des pics à 46,8°C en été.

 

Il faut donc en conclure qu’en matière de production agricole, le problème est moins la température que l’eau disponible. En 2300 la température moyenne du scénario le plus pessimiste formulé par le CNRS pour le GIEC serait de 25,5°C, donc près 4°C supplémentaires. C’est pourquoi, nous pouvons supposer qu’une production agricole serait possible, à la condition de disposer de suffisamment d’eau. Dans certaines oasis du Sahara, la température est de 25,5°C en moyenne et une petite production agricole est possible. Cependant, si les humains doivent se limiter aux quelques oasis restant sur une terre désertique, alors ils leur faudra se contenter de la faible production agricole dans les oasis, afin de parvenir à se nourrir dans le monde. Même dans le « triangle de feu » d’Adrar, Reggane et In Salah au Sahara, dans lequel la température moyenne monte jusqu’à 38°C, une production agricole est possible à la condition de disposer d’eau en abondance.

En effet, avec 38°C, cela les situe à 12,5°C au dessus des 25,5°C de température moyenne possible en 2100. Cependant, à cette température, avec un réchauffement climatique de 10,5°C supplémentaires par rapport à 2015, les sources des rivières et les nappes phréatiques auront extrêmement diminuée et sans doute qu’une majorité sera même complètement asséchée… Il n’y aura probablement pas suffisamment d’eau pour réaliser une production agricole suffisante destinée à nourrir une population censée atteindre les 11 milliards d’habitants à partir de 2100 selon l’INED et l’ONU.

Pour remédier au manque d’eau généré par le réchauffement climatique la solution qui est dors et déjà recherchée, sera technologique, dans le cadre de l’économie verte. Ainsi, si l’énergie disponible est suffisante, il est techniquement possible de désaliniser industriellement l’eau de mer et d’irriguer les sols pour l’agriculture, même avec un réchauffement climatique de 10,5°C en plus. Mais cette approche industrielle, de l’économie verte s’oppose à la vision de l’écologie décroissante, parce que l’énergie n’est pas illimitée, d’autant plus que les ressources d’énergie non renouvelable, tels le pétrole, le gaz et l’uranium seront épuisées d’ici 40 à 80 ans. Par conséquent, en 2100 il ne restera plus que l’énergie renouvelable. Or, actuellement, en 2015, cette dernière ne représentait qu’environ 5% de la production mondiale d’énergie.

Par conséquent, à une température moyenne de 25,5°C en 2300, il semble que les humains peuvent survivre en assez grand nombre, avec de l’eau en quantité importante. Mais si l’eau n’est pas suffisante, leur nombre sera nettement plus restreint… Ces prospectives suivent plus ou moins les différents scénarios catastrophes envisagés par les différents rapports Meadows commandés par le Club de Rome. Le dernier qui datait de 2008, estimait que dès 2030, la démographie mondiale diminuera fortement pour s’écrouler en 2100 à seulement 4,43 milliards d’habitants, alors qu’il prévoit une population de 8,5 milliards en 2030. Chefurka est encore plus pessimiste, car il estime que « la population mondiale augmenterait jusqu’à 7,5 milliards en 2025 avant de diminuer inexorablement vers 1,8 milliard en 2100 »[4].

Afin de ne pas en rester là, à déprimer avec un moral situé 6 pieds sous terre ! Utilisons plutôt ces différentes prospectives, afin de plutôt nous motiver pour tirer plus fort encore sur la sonnette d’alarme, dans le but de préparer et de construire des alternatives dès à présent de pour diminuer les catastrophes à venir et permettrons de rebâtir sur de nouvelles bases, ce qu’il restera du monde de demain.

[1] Brugvin, Bruyère, Laurut, Lepesant, Pasquinet, Sallantins « 6 chemins vers la décroissance », Chroniques Sociales, (publié en 2017).

[2] EL WATAN, Biskra, le jardin potager de l’Algérie, 14 février 2016.

[3] LE FINANCIER, Autosuffisance alimentaire : L’Algérie mise sur le Sahara, 14 juillet 2012.

[4] CHEFURKA Paul, Énergie et population mondiales, Tendances jusqu’à 2100, octobre 2007.

 

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LIENS VERS D’AUTRES SITES

http://blogs.mediapart.fr/blog/thierry-brugvin

http://blogs.mediapart.fr/blog/thierry-brugvin/230615/le-pouvoir-illegal-des-elites

http://www.humanite.fr/comment-sattaquer-aux-paradis-fiscaux-566212

http://temoignagechretien.fr/articles/les-banques-au-coeur-du-pouvoir

http://www.les-indignes-revue.fr/

http://www.monde-diplomatique.fr/2003/11/LATOUCHE/10651

http://www.franceculture.fr/personne-serge-latouche.html

http://www.alternatives-economiques.fr/le-pari-de-la-decroissance-par-serge-latouche_fr_art_206_24363.html

http://www.reporterre.net/La-decroissance-permet-de-s

http://www.marianne.net/paul-aries-eelv-n-est-plus-laboratoire-idees-longtemps-100232116.html

http://www.humanite.fr/les-indignes-nont-pas-dit-leur-dernier-mot-573564

http://rue89.nouvelobs.com/entretien/2010/09/19/paul-aries-les-decroissants-ne-sont-pas-des-talibans-verts-167289

http://www.liberation.fr/politiques/2013/09/27/il-faut-un-pacte-social-plus-protecteur-et-emancipateur_935232

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L’ENJEU DE LA CONSTRUCTION DES NORMES

LA NATURE DE LA NORME UN ENJEU DE POUVOIR

LA REGULATION PAR L’INCITATION CONTRE CELUI DE LA SANCTION

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LA VOLONTE DE PARTICIPATON ONG ET DES SYNDICATS A LA VERIFICATION PUBLIQUE

LE COUT ELEVE DE LA MISE EN OEUVRE ET DE LA VERIFICATION DES NORMES SOCIALES

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LE PROCESSUS DE CONSTRUCTION HISTORIQUE DES CODES DE CONDUITE ET DES LABELS SOCIAUX

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